Monday, 19 November 2018

Le centenaire oublié de 1918 au Moyen-Orient

Le Moyen-Orient continue de payer le prix de la guerre livrée aux peuples arabes, à partir de novembre 1918, par la Grande-Bretagne, puis par la France.

Zaghloul à la tête, en novembre 1918, des nationalistes égyptiens
La Première guerre mondiale a pris fin au Moyen-Orient le 30 octobre 1918, par un armistice conclu entre la Grande-Bretagne et la France, d’une part, et l’Empire ottoman, vaincu, d’autre part. Une nouvelle guerre, larvée mais implacable, débute pourtant dans la région dès novembre 1918. Elle oppose cette fois les deux puissances victorieuses aux forces arabes qui s’étaient alliées à elles contre les Ottomans et qui, au lieu d’en être récompensées, seront traitées en ennemies. Cette séquence funeste, dont personne ne célèbrera le centenaire, est une des sources majeures de l’instabilité actuelle au Moyen-Orient. Car, comme l’a souligné au « Monde » Eugene Rogan, professeur à Oxford, « le Moyen-Orient est la région la plus durablement touchée par la guerre de 1914-18″.
LA MOBILISATION EGYPTIENNE DE NOVEMBRE 1918
Le 13 novembre 1918, une délégation de nationalistes égyptiens, menée par l’ancien ministre Saad Zaghloul, est reçue par le Haut-Commissaire britannique au Caire. La Grande-Bretagne, qui occupe militairement le pays depuis 1882, y a imposé son protectorat en 1914. C’est le Haut-Commissaire en Egypte qui a négocié en 1915 avec le gouverneur arabe de La Mecque, le chérif Hussein, l’entrée en guerre de ses partisans aux côtés des Alliés, en contrepartie de l’établissement d’un « Royaume arabe » sur les territoires libérés. Cette « Révolte arabe », lancée en 1916, a joué un rôle déterminant dans le reflux progressif des troupes ottomanes, souvent encadrées par des officiers allemands. Alors que l’armée britannique piétinait aux portes de Gaza, verrou de la Palestine, au printemps 1917, les insurgés arabes s’emparaient du port d’Aqaba et entamaient leur progression vers Amman. Les deux contingents venus de Palestine et de Transjordanie font jonction à l’automne 1918. Faysal, le fils du chérif Hussein, est acclamé à la tête de 1500 cavaliers arabes, lors de son entrée à Damas, le 3 octobre 1918.
Deux semaines après l’armistice signé avec les Ottomans et deux jours après celui signé avec l’Allemagne, Zaghloul demande au Haut-Commissaire Wingate que l’Egypte ait sa propre délégation à la conférence de paix prévue à Paris. Le protectorat britannique ayant été imposé à l’ouverture du premier conflit mondial, Zaghloul revendique la restauration de l’indépendance égyptienne, ainsi que la levée de la loi martiale et l’abolition de la censure, toutes deux liées à l’état de guerre. Wingate balaie ces exigences en mettant en cause la légitimité même de Zaghloul et de ses camarades. Le dialogue est rompu, mais les nationalistes rédigent un mandat pour la future délégation égyptienne à Paris, mandat validé par une vaste campagne de pétitions. L’arrestation de Zaghloul et sa déportation à Malte entraînent, en mars 1919, une vague de protestations anti-britanniques, dont de nombreuses caractéristiques se retrouveront dans le soulèvement anti-Moubarak de janvier-février 2011: choix stratégique de la non-violence face à un pouvoir supérieurement armé; mobilisation associant Musulmans et Chrétiens au nom d’un patriotisme partagé; occupation symbolique et populaire des espaces publics. Huit cents Egyptiens périssent dans la répression de ces manifestations pourtant pacifiques.
LES MANDATS BRITANNIQUES ET FRANCAIS AU LEVANT
Londres impose son administration militaire et la loi martiale qui en découle sur le Moyen-Orient post-ottoman. Ce régime d’exception lui permet de différer l’accomplissement des promesses contradictoires émises par la Grande-Bretagne au cours de la Première guerre mondiale : engagement auprès du chérif Hussein en faveur d’un « Royaume arabe » en 1915 ; accords de 1916 dits « Sykes-Picot » (du nom de leurs négociateurs britannique et français), attribuant à la France le littoral syrien et libanais, ainsi que le sud-est de la Turquie, tandis que la Palestine serait internationalisée ; « déclaration Balfour » de 1917 sur le soutien britannique à « un foyer national pour le peuple juif » en Palestine. Mais le Royaume-Uni se sait incapable de contrôler la Syrie sans le concours de Faysal et de ses partisans armés. D’où une situation de double pouvoir où les nationalistes arabes réunissent à Damas, en juin 1919, une Assemblée de 84 élus. Ils opposent ainsi la légitimité du suffrage universel, direct ou indirect, à l’arbitraire du Royaume-Uni, déjà défié par la campagne pétitionnaire en Egypte.
En mars 1920, l’Assemblée de Damas proclame Faysal souverain constitutionnel d’une Syrie garantissant l’égalité des citoyens et les droits des minorités. Au même moment, le Sénat américain vote contre l’entrée des Etats-Unis dans la Société des nations (SDN), dont le président Wilson avait pourtant été l’inspirateur. La Grande-Bretagne et la France sont ainsi libérées de l’hypothèque que ferait peser sur leur hégémonie moyen-orientale l’insistance de Wilson sur le droit à l’autodétermination des peuples. En avril 1920, les deux puissances impériales reçoivent de la SDN, au cours de la conférence de San Remo, des mandats sur la Syrie et le Liban (pour la France), sur la Palestine et l’Irak (pour la Grande-Bretagne). Ces mandats ne peuvent être imposés que par la force militaire, avec des dizaines de milliers de victimes en Syrie et en Irak. Ce n’est pourtant que le début d’un long cycle de violence coloniale, marqué par la répression sanglante des soulèvements arabes de Syrie, en 1925-26, et de Palestine, en 1936-39.
Si novembre 1918 signifie bel et bien la fin de la guerre en Europe, il représente aussi le commencement d’un conflit d’un type nouveau, déclenché par la Grande-Bretagne, puis par la France contre les nationalistes arabes. Il n’est pas inutile de le rappeler en ce mois de centenaire et à l’heure où les séquelles d’un tel conflit pèsent toujours sur le devenir du Moyen-Orient.

Monday, 22 October 2018

Robert Faurisson, dernière figure du négationnisme, est mort

Connu pour ses thèses contestant le génocide des juifs et l’existence de chambres à gaz, il est mort à l’âge de 89 ans à son domicile de Vichy.

Le négationniste français Robert Faurisson, connu pour ses thèses contestant le génocide des juifs, est mort dimanche 21 octobre à l’âge de 89 ans à son domicile de Vichy, a annoncé sa famille et son éditeur. « Robert Faurisson revenait d’Angleterre quand il s’est écroulé dans son couloir dans sa maison de Vichy », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Mme Yvonne Schleiter, sa sœur.

L’ancien professeur de littérature de l’université de Lyon, où il est entré en 1973, avait fait face à une cascade de procès après que ses thèses eurent été publiées dans la presse, fin 1978, déclenchant de vives protestations chez les victimes de la Shoah et dans toute la société française et européenne. M. Faurisson soutenait que le génocide des juifs par les nazis durant la seconde guerre mondiale était un mensonge destiné à récolter des dommages de guerre et que les déportés sont morts de maladie et de malnutrition. Il contestait aussi l’authenticité du Journal de la jeune juive néerlandaise Anne Frank.

Premier condamné en vertu de la loi Gayssot

Dernière figure du négationnisme connue du grand public après le décès de Roger Garaudy en 2012, Robert Faurisson commence dès le début des années 1960 à se pencher sur l’histoire du génocide des Juifs. Sa thèse est d’affirmer que les chambres à gaz n’ont jamais été utilisées pour gazer les hommes, mais qu’elles servaient d’épouillage en temps de guerre. Il a été le premier justiciable français condamné en vertu de la loi Gayssot de 1990, qui interdit de contester les crimes contre l’humanité définis en 1946 par le statut du tribunal de Nuremberg.
Né le 25 janvier 1929 en Grande-Bretagne, d’une mère écossaise et d’un père français, il est agrégé de lettres et exerce d’abord dans le secondaire avant d’enseigner à l’université Paris III puis à partir de 1973 à l’université Lyon II. Celui qui se voulait « le maître à penser du négationnisme mondial », commence alors à diffuser ses idées dans les cercles universitaires puis dans les médias.
En 1978, Faurisson fait parler de lui en publiant dans Le Monde une lettre tribune intitulée « le problème des chambres à gaz ou la rumeur d’Auschwitz ». La polémique enfle, il ne peut plus exercer normalement ses cours et se consacre alors à l’enseignement à distance. Il se proclame « anti-sioniste », une position qui lui vaudra le soutien de l’Iran, où il devient une figure intellectuelle. En 2012, il reçoit du président Mahmoud Ahmadinejad le premier prix honorant « le courage, la résistance et la combativité ».

« Prix de l’infréquentabilité »

Devenu une icône, en France, des théories niant l’existence d’un génocide des juifs, il a également perdu de nombreux procès pour diffamation, intentés contre ceux qui le décrivaient comme un « menteur » ou un « faussaire de l’histoire », comme ce fut le cas de Robert Badinter, lors d’une décision de justice rendue en 2007.
Robert Faurisson avait été condamné à trois reprises en 1981 pour diffamation à l’encontre d’un chercheur du CNRS et pour diffamation raciale après avoir nié le génocide des juifs au micro d’Europe 1.
Plus récemment, Robert Faurisson s’était vu remettre le « prix de l’infréquentabilité », en 2008, sur la scène du Zénith de Paris par l’humoriste français Dieudonné M’Bala M’Bala. Le polémiste a été condamné par la cour d’appel de Paris à 10 000 euros d’amende pour ce spectacle, au cours duquel il demandait au public d’applaudir Robert Faurisson, qui s’était vu remettre le prix par un comparse déguisé en déporté juif.
Au mois d’avril 2018, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement qui avait débouté M. Faurisson de sa plainte en diffamation contre Le Monde, suite à un article écrit en 2014 par la journaliste Ariane Chemin, dans lequel elle qualifiait la thèse de l’ancien professeur de « délirante ». Les magistrats avaient mis en avant, fait rare dans l’histoire du droit de la presse, une « exception de vérité », attestant du fait que Robert Faurisson pouvait être qualifié de « faussaire » par la journaliste.
Le jeudi 25 octobre, le tribunal correctionnel de Cusset (Alliers) devait rendre son jugement à l’encontre de Robert Faurisson, poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité dans trois textes publiés en 2013 et 2014 sur son site internet.

« Involontairement, un grand service rendu »

Robert Faurisson, le 27 février 1998.
L’historien de la déportation Serge Klarsfeld a réagi, lundi matin, à sa mort, qui, selon lui, a « rendu un grand service involontairement » en permettant que la Shoah soit « l’un des événements les mieux connus du monde ». « Il était un des pionniers du négationnisme. Ce qu’il écrivait était pour moi répulsif, agaçant, douloureux », a déclaré Serge Klarsfeld.
« Les négationnistes (…) ont fait comprendre au monde juif et au monde scientifique qu’il fallait un grand travail universitaire à travers le monde occidental pour pouvoir écrire chaque page de la Shoah d’une façon très précise », a ajouté le président de l’association Fils et filles des déportés juifs de France.
La ministre chargée des affaires européennes, Nathalie Loiseau, a souhaité lundi l’enterrement pour toujours du « négationnisme hideux », avec le décès du négationniste français Robert Faurisson.
« Robert Faurisson est mort aujourd’hui. Enterrons une fois pour toutes le négationnisme hideux. Sans fleurs ni couronnes », a tweeté la ministre, une des premières responsables politiques à réagir.
Le secrétaire d’État chargé de la fonction publique Olivier Dussopt a de son côté dit « pense [r] aux victimes de la Shoah dont la mémoire a été piétinée ».
Jean-Marie Le Pen, cofondateur du Front national – devenu Rassemblement national –, a jugé dans un communiqué lundi que le cas de Robert Faurisson était « emblématique du recul des libertés d’expression et d’opinion » en France.
« Je ne connaissais pas Robert Faurisson, mais les moyens considérables employés durant des décennies pour le réduire au silence me paraissent emblématiques du recul des libertés d’expression et d’opinion dans notre pays »
« Les lois dites mémorielles employées pour criminaliser les adversaires politiques de tous bords sont la marque d’un virage anti-démocratique dont les divers pouvoirs usent et abusent contre l’esprit patriotique et les rébellions identitaires des peuples », a ajouté l’ancien candidat à la présidentielle, lui même condamné en justice pour avoir affirmé, en 2015, que les chambres à gaz était « un détail » de l’histoire de la seconde guerre mondiale.

Thursday, 18 October 2018

Eure-et-Loir : une ancienne actrice lègue 4 millions d'euros à une commune Christiane Tarride, décédée en juin, a joué dans plusieurs films des années 1940 et 1950. Son legs est destiné à construire une salle de spectacle.

L'histoire est peu commune. La commune de Courville-sur-Eure (Eure-et-Loir), va recevoir un legs de 4 millions d'euros de la part d'une habitante, ancienne actrice, décédée en juin, pour créer une salle de spectacles dans la petite ville de 2.800 âmes, a appris l'AFP mercredi 17 octobre auprès du maire.
Le conseil municipal a formalisé mardi soir "l'acceptation du legs de 4 millions d'euros destiné à construire une salle de spectacle, tel que l'a indiqué la légataire dans son testament", a indiqué à l'AFP le maire, Hervé Buisson, confirmant une information de L'Écho républicainIl y a quelques jours, l'élu a été convoqué chez un notaire pour écouter la lecture du testament de cette habitante, ancienne actrice à Paris.




Christiane Tarride, née Sertilange en 1924, a joué dans plusieurs films dans les années 1940 et 1950 dont L'armoire volante (1948) avec Fernandel ou encore dans la version de Fernand Rivers de Cyrano de Bergerac (1946) .

Ara Güler, nicknamed the “Eye of Istanbul,” passed away at the age of 90 late on Wednesday.


Monday, 1 October 2018

Le journaliste et politologue franco-libanais Antoine Sfeir, spécialiste du monde arabe et musulman, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi, à l’âge de 70 ans, ont annoncé sur Twitter les Cahiers de l’Orient, revue qu’il avait fondée.

«Antoine Sfeir était un passeur entre deux mondes, l’Orient et l’Occident. Il avait de l’islam, dans ses multiples visages et dans son histoire, une connaissance profonde et chaleureuse. Il aimait décrypter et transmettre. Et il était un ami», a réagi le président du MoDem François Bayrou sur les réseaux sociaux.
Conférencier, auteur de nombreux ouvrages, il a longtemps été «consultant d’Europe 1 pour le Moyen-Orient», ont rappelé des journalistes de la station, émus par sa disparition. Né en 1948 à Beyrouth, Antoine Sfeir a été coresponsable du service étranger au quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour, jusqu’à son enlèvement en 1976, en pleine guerre civile au Liban, par des milices palestiniennes qui l’ont torturé pendant une semaine. Il sera par la suite journaliste à La Croix et à Pèlerin avant de créer au milieu des années 80 la revue trimestrielle Les Cahiers de l’Orient.
Auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur le monde arabe et l’islam, il sera accusé de complaisance envers le régime de Ben Ali, avec le livre «Tunisie, terre de paradoxes», publié en 2006, et exhumé au moment du printemps arabe. Antoine Sfeir a multiplié au fil des ans les collaborations et interventions dans les médias et a été un invité régulier d’Yves Calvi pour son émission «C’est dans l’air».